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Lluïsot

Caricaturiste

dans son appartement-studio, Raval

Photos : Lucy Baluteig - Textes Lucy Baluteig

Barcelone a toujours été rebelle, l'une des rares régions d'Espagne où a dominé l'anarchie. Et ça, ça me plait.

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Rencontrer Lluïsot, c’est un peu comme retrouver un vieux copain : ça fait du bien. Personnage moustachu aux cheveux grisonnants et aux yeux pétillants, son sens de l’humour et sa générosité ne s’arrêtent pas à son trait de crayon : l’homme est ainsi fait. Il me reçoit dans son studio-appartement du Raval posé face à la plus vieille église romaine de Barcelone, St Pau du Raval, à deux pas des Ramblas. Son trait précis et humoristique a fait sa renommée aussi bien au sein des revues satiriques Catalanes que des éditeurs de livres pour enfants. Et c’est lui que la Mairie de Barcelone a choisi pour dessiner le Raval* dans le cadre de sa très belle collection des « quartiers de Barcelone ». Le Raval, quartier populaire, métissé et tumultueux qu’il connait comme sa poche et qu’il a dessiné avec beaucoup d’humour et d’amour « Je ne suis pas du tout un ‘sketcher’, je ne suis pas très fort pour dessiner sur le moment en quelques minutes comme mon ami Lapin le fait si bien. Mes dessins sont moins dans l’immédiateté car je ne recherche pas le réalisme. J’aime au contraire prendre mon temps, analyser l’endroit où je suis, les gens, je suis très technique, chaque dessin me prend des heures de travail. Et ce que je recherche, c’est l’humour. Car je trouve que l’humour permet de casser le quotidien, il permet de rompre avec la réalité. C’est cela qui m’intéresse, c’est de montrer ce point de bascule là».

Lluïsot prépare un café dans sa cafetière italienne et en le regardant faire, je réalise à quel point chaque détail de cette cuisine et de cet appartement a été choisi avec soin. Chaque objet est un clin d’oeil à l’enfance, aux univers des dessins animés ou à celui du voyage, les couleurs des murs sont vives, les collections de figurines qui remplissent des armoires entières sont exceptionnelles, les tableaux aux murs sont plein de vie, tout est prétexte au sourire. « J’ai découvert le dessin tout gamin en regardant la télé. Le jour où j’ai vu la ‘Hormiga Atomica’ pour la première fois, ça a été un choc. Alors quand j’ai découvert Walt Disney, j’étais tellement fasciné que je me suis dit qu’un jour, ce serait moi son concurrent. Bon, OK, ça n’a pas vraiment marché. Mais bon, je ne m’en plains pas car entre temps, j’ai découvert le voyage et mon objectif de vie a légèrement changé».

Barcelone a toujours été rebelle, l'une des rares régions d'Espagne où a dominé l'anarchie. Et ça, ça me plait.

Ce sont les ‘Cromos Bimbo’ (autocollants Panini en France) qui éveillent en lui l’envie de voyager. « Je voyais toutes ces images de pays lointains et je n’avais qu’une envie : quitter mon quartier et partir à la découverte de ces pays en vrai ». Lluïsot est parti voyager et le voyage ne l’a jamais quitté. Sac à dos rempli d’aquarelles, de pinceaux et de papiers, il sillonne l’Europe, l’Asie, l’Amérique du Sud, l’Inde. Les dessins de ses carnets de voyage réussissent avec beaucoup de finesse à faire sourire malgré les situations difficiles ou arriérées qu’ils dépeignent. « Je crois que nous les illustrateurs, nous sommes les héritiers de l’Art Primitif, l’Art Préhistorique. L’illustration ne crée pas de barrière mentale, elle dépeint simplement ce qui se passe, ce que l’on voit. C’est un langage universel et intemporel. »

On boit plusieurs cafés, on grignote quelques viennoiseries, un ami artiste Colombien passe dire bonjour et on parle tous ensemble de Barcelone, de la créativité de la ville. Lluïsot me dit qu’il fait partie du groupe des ‘urbanssketchers barcelona’**, des illustrateurs qui se retrouvent régulièrement pour dessiner ensemble dans un état d’esprit sympa et solidaire. « Barcelone est créative & inspirante. Il faut dire que la ville a non seulement toujours su vendre cette image mais elle a su aussi l’alimenter et la rénover constamment. Malgré la crise, on sent que les choses sont en train de se revitaliser. Et puis La Catalogne, et Barcelone en particulier a toujours été rebelle, l’une des rares région d’Espagne où a dominé l’anarchie. Et ça, c’est quelque chose qui me plait. » Lluïsot est en fait comme son café : bon, vrai, chaleureux & réconfortant. Une belle personne.

* El Raval : Un Mon de Cultura – Ayuntamiento de Barcelona / disponible dans toutes les boutiques de musées de Catalogne

** urbansketchers.com

Le carnet d'adresse de Lluïsot

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Quartier du Raval - La plus vieille église de Barcelone se trouve juste à côté de chez moi, son cloître est un véritable joyau architectural
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Quartier du Raval - Le soir, cela vaut le coup de venir au Cangrejo pour voir leur spectacle de travestis super exotique, plein de blagues poliquement incorrectes, c'est assez hilarant. Une fois le spectacle terminé, la salle se transforme en salle de danse avant que les DJs ne prennent le relais plus tard.
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Quartier du Raval - L'esthétique de ce petit restaurant correspond en tous points à celle des petits restaus que l'on trouve en Inde, c'est à dire très basique, nappes en plastique inclues. Ceux qui ont traversé l'Inde en sac-à-dos ne seront pas déçus en venant ici. L'essayer, c'est l'adopter. Les plats que je recommande : les épinards au fromage, le poulet noix de coco et les nans de fromage pour accompagner. Le lassi de mangue en dessert est parfait. Et si on veut manger épicé, il suffit de le préciser.
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Quartier du Raval - C'est le petit bar de "toda la vida", qui est là depuis toujours avec ses barriques en bois, ses affiches taurines et ses petites tables en marbre. Je pense qu'ils n'ont jamais fait la poussière depuis le jour où cet endroit a ouvert. On y vend toujours le vin en gros et ils servent également un incroyable vermouth fait maison avec des olives. Jusqu'à il y a peu, c'était seulement les habitués qui y venaient mais les bobos aventureux l'ont récemment découvert et du coup, le public y est plus éclectique.
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Quartier du Raval - Les vendredi et samedi, on y sert une bonne cuisine "gallega" tout en proposant un spectacle de chant décalé et underground. Ce sont les vieilles gloires de la chanson espagnole qui chantent et animent la soirée. Au bout du sixième verre de vin, on entre limite en transe tellement l'ambiance y est spéciale, drôle et décalée et la cuisine franche et simple comme on l'aime. C'est un l'endroit parfait pour venir en groupe avec l'envie de se marrer et d'applaudir un chouette répertoire de vieilles chansons espagnoles typiques. Snobs s'abstenir. Réservation obligatoire.