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Matias Krahn Uribe

Peintre

dans son atelier, Poblenou

Photos : Lucy Baluteig - Textes Lucy Baluteig

Il est fondamental de faire en sorte de trouver et reconnaître l'origine de ce que l'on fait (...). Sinon, tu te perds, tu perds pieds, tu perds la foi.

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La première fois que j’ai découvert le travail de Matias Krahn Uribe, c’était sur le mur du salon d’une amie : un tableau abstrait à l’allure mi-aquatique, mi-cosmique, un mélange de formes géométriques entre organique et artificiel, un voyage dans des tons bleutés profonds et des pointes de couleurs ici et là, comme de petites étoiles scintillantes qui me font penser à Paul Klee. Je suis étonnée d’apprendre que Matias est un jeune artiste catalan (né au Chili) – moi qui trouvais sa peinture particulièrement mature. Je le rencontre quelques semaines plus tard à l’occasion de sa récente arrivée dans le quartier du Poblenou où il vient d’installer son atelier au sein d’un immeuble industriel (à quelques portes de celui d’un autre peintre catalan Perico Pastor). Un espace frais, épuré, et une immense table posée sous la longue verrière qui remplit la pièce de lumière. Pots, crayons, peintures, pinceaux, boîtes, dessins, plantes et des dizaines de tableaux entreposés contre les murs. Sur le rebord de la fenêtre, un petit carton sur lequel est inscrit en lettre colorées « le perfectionnisme est toxique », comme une ôde à l’humain.

Matias, c’est d’abord une immense barbe fournie qui n’a rien de bobo. Il me reçoit en toute simplicité, débardeur, short et sandales dans son nouveau chez soi où sa compagne et ses enfants sont là aussi. On boit un thé glacé maison et on discute pendant qu’il me montre les nombreuses toiles sur lesquelles il travaille dans le cadre de l’exposition «Indiens : Lecture d’une iconographie» à la demande du galeriste catalan Miquel Azuelta. Des tableaux à la dialectique très différente de celle que j’avais vu sur le tableau de mon amie, ce que je lui dis. « Je n’aime pas me répéter, ça ne m’intéresse pas. Une fois que j’ai réussi à atteindre ce que je cherchais, que je sais que je suis capable de le réaliser techniquement, alors je cherche autre chose. En tant que peintre, cela fait partie de mon travail de chercher et pas juste faire ce qui marche. Il faut faire tomber les masques. Il faut savoir les connaître ces masques bien sûr, en être conscient, savoir ce que l’on peut en faire mais ils ne doivent pas nous définir, je ne veux en tout cas pas qu’ils caractérisent mon travail. Ce qui compte, c’est la personnalité, savoir qui l’on est vraiment au fond. Je crois avoir réussi au moins à voir cela : ne pas porter de masque en tant qu’artiste, toucher ce point d’authenticité-là ».

Il est fondamental de faire en sorte de trouver et reconnaître l'origine de ce que l'on fait (...). Sinon, tu te perds, tu perds pieds, tu perds la foi.

On enchaîne sur la notion d’authenticité justement. Authenticité d’une démarche artistique, d’une démarche commerciale, d’une politique urbaine. On parle de Barcelone et de l’image abimée de la ville au niveau touristique, les hordes de touristes qui viennent ici chercher un cliché. Matias est volubile. «Les clichés existent, la question est de savoir s’il faut les entretenir, les communiquer, les vulgariser voire les ‘prostituer’. L’authenticité est une valeur à la baisse qu’il faut absolument sauvegarder et restituer».

Matias Krahn Uribe est un artiste à cœur ouvert si je puis dire, ultra sensible, à la profondeur d’âme rare, habité par une intensité philosophique à fleur de peau. On parle du risque de rester en surface, de l’impact d’instagram, des réseaux sociaux. « Pour moi, il est fondamental de faire en sorte de trouver et reconnaître l’origine de ce que l’on fait, de ce que l’on voit, trouver la source. Le travail que je fais dans le cadre de l’exposition INDIOS, le dialogue que j’ai engagé avec les kachinas*, cela relève de la même chose : reconnaître d’où l’on vient, l’origine. Pardonner à ses parents, à ses grand-parents, reconnaître que l’on est vivant grâce à eux. Si tu ne crois pas profondément à cela, tu te perds, tu perds pieds, tu perds confiance en la vie, tu perds la foi. Quand je regarde mes enfants, je me dis que ce sont eux les anciens, cette énergie et cette sagesse qu’ils possèdent». En avril dernier, une grande partie des toiles qui sont devant moi dans l’atelier ont été exposées à The Laboratory, le nouvel espace Barcelonais du galeriste Miquel Alzueta. La critique a salué le travail de Matias qui est parvenu avec beaucoup de délicatesse à proposer une lecture picturale du dialogue qu’il a entamé avec ces statuettes, ces esprits. « Initialement, j’ai hésité à venir m’installer au Poblenou mais j’avais besoin de changement. Au final, je suis ravi d’être ici. Et puis il y avait le côté symbolique du nom du quartier, Poblenou (pueblo nuevo = village nouveau), ça faisait sens ». La symbolique et le cosmique, deux notions très présente dans l’oeuvre de Matias dont la thèse de doctorat en Beaux Arts à l’Université de Barcelone portait sur la peinture post moderne et posait la question du pluralisme et de l’impulsion avant-gardiste. Un artiste doué et un garçon passionnant.

Le carnet d'adresse de Matias Krahn Uribe

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