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Paula Bonet

Peintre

dans son atelier temporaire, Raval

Photos : Paola De Grenet - Textes Lucy Baluteig

J'ai commencé à pouvoir vivre de mon art quand je suis arrivée à Barcelone. (...) Les opportunités sont nombreuses ici, elles se démultiplient, c'est une ville vraiment incroyable.

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Il y a chez Paula Bonet une force tranquille assez remarquable. Une douceur féminine doublée d’une énergie qui irradie aussi bien de sa personne que de ses toiles : des portraits dont elle s’est fait une spécialité car les visages « parlent des gens, de leur histoire ». Des dessins d’une grande subtilité, d’une grande intensité émotionnelle. Et cette utilisation de la couleur singulière, instinctive, qui touche au cœur. Le cœur, entre autres, de plus de trois cent mille followers sur les réseau sociaux pour cette jeune femme originaire de Valencia, arrivée à Barcelone il y a quatre ans. Pourtant, point de campagne avec une grande marque qui aurait pu propulser sa visibilité virtuelle. Mais plutôt une volonté farouche d’indépendance artistique et de choix solides guidés par un ADN esthétique ancré dans la peinture classique & la littérature (qu’elle a étudiés aux Beaux Arts de Valencia) – quelque chose qui se ressent dans son trait élégant et intemporel. Une jeune femme directe, franche et souriante qui se définit avant tout comme une auteur, plus qu’une illustratrice. Impossible pourtant d’envisager la scène de l’illustration Barcelonaise sans connaître son travail – Paula célèbre la sortie récente de deux livres-monuments dont l’un d’entre eux rend hommage au cinéaste français François Truffaut qu’elle adore. En cette fin de matinée, elle nous donne rendez-vous dans l’atelier temporaire où elle s’est installée pour quelques mois dans le Raval. Un grand espace brut en rez de chaussé, aux murs décrépis, presque délabrés, sans aucun autre meuble qu’un grand canapé sur lequel sont posés des écouteurs. Loin du bruit de la rue, au calme complet.

« Tout va tellement vite aujourd’hui je trouve. C’est pour cela que je suis venue ici. J’avais besoin de fuir l’immédiateté, l’instantanéité, me couper un peu réseaux sociaux. Je ne les renie pas, les réseaux sociaux sont très importants mais il faut les utiliser avec justesse, être en cohérence avec soi-même ». Je lui demande d’ailleurs comment elle réagit à ses milliers de followers qui la suivent dans une société obsédée par le nombre de clics ou de like. « Je crois que c’est tout simplement lié au fait que j’y sois moi-même. Je n’ai rien à vendre. Ce qui est important pour moi dans la vie, c’est profiter du moment présent et c’est ce que je partage« . Dans le studio dénudé, des peintures à l’huile sont accrochées aux murs, d’autres posées par terre, un grand format en gestation est installé sur le chevalet. Des portraits toujours. Dans des tonalités organiques, terriennes, fortes. Des regards profonds exprimant la vulnérabilité, la tristesse, la mélancolie.

J'ai commencé à pouvoir vivre de mon art quand je suis arrivée à Barcelone. (...) Les opportunités sont nombreuses ici, elles se démultiplient, c'est une ville vraiment incroyable.

« C’est un travail très particulier que j’ai engagé ici, autour de la notion de deuil. On a travaillé à quatre mains avec mon amie journaliste Maria Leach qui a écrit les poèmes que j’ai mis en forme au pinceau. Un ami très cher fauché par un cancer alors qu’il allait devenir papa. Un événement très traumatisant pour nous tous, une grande douleur. Les psychologues disent qu’il faut deux ans pour se remettre d’un deuil et cela fera deux années en novembre. C’est un long processus. C’est en cohérence avec ce travail de peinture à l’huile qui demande patience et longueur de temps. Une manière de lui dire qu’on ne l’oublie pas. Tous ces portraits sont ses amis. » Un travail qui sera présenté lors de l’exposition ‘No te accables nunca’ à l’espace polyvalent Ailaic. L’engagement et la notion de processus, de travail dans le temps, semblent être les fils rouges du travail de Paula. Elle nous parle aussi du Chili où elle est partie étudier à 20ans et d’où elle revient juste. Elle parle de l’importance des rapports humains lorsque l’on vit dans une ville ou un pays qui ne sont pas siens et dont elle a notamment soupesé la valeur en vivant là-bas.

Pendant qu’elle nous montre d’autres tableaux encore en gestation, je lui demande comment elle voit la scène locale de l’illustration à Barcelone: « Il y a de nombreux et très talentueux illustrateurs ici. Et je crois que ce qui me plait le plus est la camaraderie qui nous unit. Nous nous connaissons tous, on s’apprécie, on se respecte, chacun avec son style. C’est une mentalité que j’apprécie tout particulièrement. Et puis Barcelone est une ville extraordinaire. J’ai rêvé de venir m’installer ici depuis mes 15ans. Les gens, la vie culturelle. J’ai commencé à pouvoir vivre de mon art quand je suis arrivée ici. Certainement aussi parce que j’étais très préparée, avec un projet solide et réfléchi. Mais tout de même, les opportunités sont nombreuses ici, elles se démultiplient, Barcelone est vraiment une ville incroyable ».

Le carnet d'adresse de Paula Bonet

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Je suis fan de cette librairie qui s'est construite avec beaucoup de cohérence à mon goût que ce soit leur sélection éditoriale, les évènements qu'ils organisent et où les verres de vin que l'on peut déguster au comptoir installé juste à côté des étagères remplies de livres.
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Le meilleur endroit pour commencer ou pour finir la soirée si l'on sort dans le quartier de Gracia. Son propriétaire, Jordi Lanuza, l'âme du groupe de musique "Inspira", te reçois toujours les bras ouverts et avec la meilleure bière de la ville.
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Un lien très spécial me lie à cet endroit où a eu lieu un dîner important pour moi. J'aime bien cette ambiance toute blanche où des dizaine de bouteilles de vins couvrent les murs. J'adore leurs délicieuses planches de fromages et leurs tartares et j'aime les conversations tranquilles que l'on peut y avoir.
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Une bonne partie de mon denier travail éditorial a eu lieu ici, dans cette cafétéria où j'aimais venir m'installer sur la table située juste à côté de la fenêtre. J'y prenais mon petit déjeuner avec un café con leche avec du lait de soja et un croissant jambon-fromage ou alors j'y venais tard le soir, dessinant en buvant un verre de vin.