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Perico Pastor

Peintre

dans son atelier, Poblenou

Photos : Christina Holmes - Textes Lucy Baluteig

je me considère un artiste 'local', sans doute parce que mon cœur est d'ici

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Quand on arrive dans l’atelier de Perico Pastor en cette fin de matinée, il est en train de finaliser son illustration hebdomadaire pour le journal La Vanguardia*. Il travaille à l’encre de chine sur du papier à grain épais, son geste est rapide, son trait est sûr et précis, c’est assez fascinant de le regarder faire « Plus qu’à scanner le dessin à la rédaction du journal et je suis à vous. »

Perico Pastor est un artiste catalan connu et reconnu. Son œuvre, aux traits singuliers, est présente tant chez les collectionneurs d’art qu’à travers des murals dans des institutions, des entreprises ou encore des églises. Il a illustré des contes, des livres et même une édition de La Bible. L’homme polyglotte est charmant, à la fois posé et volubile, charismatique et accessible. « Je suis parti de Catalogne à vingt-et-un ans pour New York avec mes illustrations sous le bras, et ça a été dur, je frappais aux portes mais personne n’en voulait. Et puis, douze ans après, je travaillais pour le New York Times, the Village Voice, Harper’s et pour Vogue. Je vivais entre les deux villes, New York et Barcelone. Je crois que je ne me rendais pas compte à ce moment-là de la chance que j’avais, cela me paraissait presque normal. Quand je suis rentré m’installer définitivement en Catalogne, j’étais ‘le-gars-qui-a-vécu-à-New-York’ et lors de mes deux premières expositions ici, j’ai vendu absolument toutes mes toiles. J’étais devenu la coqueluche de Barcelone. Mais attention, coqueluche un jour, pas coqueluche toujours ! Je fais maintenant partie de la vieille garde on va dire, et je dois travailler d’autant plus car il faut être partout, surtout depuis que la crise est passée par là ». Il sirote une gorgée de son thé sans lâcher son pinceau.

je me considère un artiste 'local', sans doute parce que mon cœur est d'ici

Niché dans un bâtiment industriel du quartier du Poblenou, l’immense espace de ce loft-atelier est baigné de lumière. « Il y a quinze ans, personne ne voulait venir ici au Poblenou. J’ai quitté le Born où je n’avais plus assez d’espace pour venir ici, j’étais presque seul. Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes viennent s’y installer, le quartier bouge ».  Perico a troqué l’encre de chine pour l’aquarelle et s’est installé sur une autre table à l’opposé de l’atelier. Il travaille sur une commande pour Terranvas Papers : des dizaines de petits cadres carrés où est reproduit le même dessin d’une femme tenant un enfant dans ses bras. « Je ne travaille pas sur des toiles du commerce, je crée mes propres châssis et mes propres toiles à partir de papier industriel habituellement utilisé pour recouvrir les sols ou faire des capsules Nespresso! Moi, je l’utilise comme base de toile car je me suis rendu compte que ce papier réagissait très bien à la peinture, un peu comme le ferait du papier japonais mais en beaucoup plus résistant. C’est idéal ».

Perico parle en travaillant, il ne s’arrête pas. « »Je me considère comme un artiste local et je vends principalement en Catalogne, sans doute parce que mon cœur est d’ici ». Il y a quatre ans, il crée d’ailleurs à Barcelone un énorme buzz en décidant de brûler ses toiles. « C’est un projet sur lequel je travaillais depuis un moment avec l’idée de dessiner une armée de civils en taille réelle, les héroes de la vie quotidienne. J’avais accroché le dessin d’une silhouette en hauteur à l’atelier et j’ai eu l’idée de lui mettre feu et de photographier le processus. Chaque jour, chaque nouvelle toile était prise en photo et envoyée à mes contacts. Ceux qui étaient intéressés pour l’acheter se manifestaient et le dernier jour, j’avais décidé de mettre feu à toutes les toiles invendues en live, dans une galerie, comme un happening. Ça a très bien marché. » Perico Pastor ne semble pas manquer d’idées pour innover, ne jamais arrêter de créer. « En ce moment, je prends des cours pour apprendre à dessiner sur iPad, c’est important. » C’est qu’il faut être partout.

* illustration souvent filmée et disponible en ligne sur www.lavanguardia.com

** exposition Els Pericos de Perico – Centre Cultural El Carme, Badalona – jusqu’au 31 mai 2015

Le carnet d'adresse de Perico Pastor

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