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Ramon de Espana

écrivain

dans son appartement, quartier de l'Eixample

Photos : lucy baluteig - Textes lucy baluteig

Dans ma jeunesse, Barcelone était la capitale culturelle de l'Espagne. (...) On aurait dû continuer sur cette voie, maintenir cette stature plutôt que de vouloir à tout prix devenir la capitale d'un pays imaginaire.

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A première vue, Ramon De Espana cache bien son jeu. Derrière un patronyme traditionnel et un physique débonnaire au look classique, se cache en fait un véritable rocker – tant dans les idées que dans les goûts musicaux. Car Ramon de Espana est l’une des rares voix publiques à s’exposer ouvertement à contre-courant de la pensée indépendantiste. Des points de vue vifs et acérés qu’il promulgue sur le ton humoristique particulièrement acide et ironique caractéristique de son style. Tant dans ses articles de presse que dans ses deux derniers livres (‘Le Droit à délirer’ -‘El derecho a delirar’- et ‘L’hôpital psychiatrique Catalan’ -‘el manicomio catalan’), Ramon s’en prend sans concessions à l’attitude grégaire de ses compatriotes souhaitant en souligner le caractère ridicule. Un rebelle qui a débuté dans les années 70 comme critique musical spécialiste du rock avant de devenir l’un des journalistes phares du quotidien national El Pais dans les années 90 et qui écrit aujourd’hui dans les colonnes Culture du journal catalan El Periodico. Nommé aux Goya comme meilleur nouveau réalisateur pour le film qu’il a écrit et réalisé en 2003 ‘Haz conmigo lo que quieras’ (Fais de moi ce que tu veux), Ramon De Espana est un touche-à-tout qui passe avec facilité d’un medium à l’autre : journaliste, écrivain, critique, scénariste ou réalisateur. Il n’en reste pas moins un puriste prêt à ne rien lâcher pour ses idées. Nous souhaitions rencontrer ce libre-penseur cultivé et polyglotte qui se refuse à l’obéissance. Nous le retrouvons chez lui, dans son appartement typique du quartier de l’Eixample.

« Je me considère un peu comme un outsider. J’ai eu une carrière étrange mais j’ai toujours suivi mes idées et ai pu les exprimer sous différent formats, sans jamais être protégé par qui que ce soit. L’humour est une arme car il offense ceux qui n’ont pas le sens de l’autocritique. Et ce, même si certains m’accusent d’incohérence. Je pense pourtant qu’il est important de pouvoir dire ce que l’on pense. Beaucoup de gens ici n’osent pas. Ces dîners où l’on attend de voir quelle est la pensée dominante avant de pouvoir s’exprimer sans crainte, c’est déplorable. Certaines personnes m’arrêtent dans la rue pour me remercier de prendre publiquement la parole pour eux dans mes livres – et ce, alors même que mes livres ne bénéficient d’aucune publicité et ne sont jamais mis en avant dans les librairies. C’est un fait » me dit Ramon de Espana en préparant un café dans sa cuisine donnant sur un patio tranquille.

Dans ma jeunesse, Barcelone était la capitale culturelle de l'Espagne. (...) On aurait dû continuer sur cette voie, maintenir cette stature plutôt que de vouloir à tout prix devenir la capitale d'un pays imaginaire.

Absolument tout dans cet appartement tourne autour des livres. Ils couvrent les murs du salon, du bureau, de la salle à manger, des couloirs. Une large bibliothèque de DVD est également installée dans le bureau de ce cinéphile qui connait aussi bien la culture cinématographique et télévisuelle américaine que la française. Installé dans son fauteuil-lounge Eames au cœur de son salon, Ramon de Espana n’est pas avare de paroles et je suis curieuse de savoir comment il perçoit Barcelone, sa ville natale - ce que je m’empresse de lui demander.

« Barcelone est une ville provinciale et elle l’a toujours été. Une ville provinciale qui a toujours voulu mieux. Dans ma jeunesse, Barcelone était la capitale culturelle de l’Espagne, mes amis madrilènes venaient ici car on y respirait mieux qu’à Madrid. C’est ici que toutes les maison d’édition étaient installées ainsi que toutes les maisons de disque. On aurait dû continuer sur cette voie, maintenir cette stature plutôt que de vouloir à tout prix devenir la capitale d’un pays imaginaire. De fait, le gouvernement a imposé à tous -maisons d’éditions, maisons de disque mais aussi multinationales comprises- de participer à la construction du pays-Catalogne. Et que ceux ou celles qui ne voulaient pas s’en aillent, tout simplement ! Or c’est ce qu’il s’est passé. Le gouvernement local a eu un positionnement moral dommageable en agissant ainsi. Il a entretenu la haine de l’autre, la haine de nos voisins, c’est un message constamment martelé depuis les années 1980. Je trouve juste que c’est assez répugnant d’entretenir cette mesquinerie, ce manque de solidarité, cet égoïsme au sein même de sa propre communauté, non?».

Non, Ramon de Espana ne cache aucunement son jeu. Il est un homme libre. Le rock n’est pas mort avec les Sex Pistols.

Le carnet d'adresse de Ramon de Espana

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QUARTIER DU RAVAL - Je suis très fan de cette boutique de disques vinyle et de CDs. Leur sélection est excellente et on y trouve des choses que l'on ne trouve nulle part ailleurs en ville comme par exemple la très bonne revue musicale MOJO (www.mojo4music.com)
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QUARTIER DE L'EIXAMPLE - Jaime cette librairie classique Barcelonaise - ils ont une antenne dans le quartier de l'Eixample (calle Mallorca) qui se trouve à trois pas de chez moi.
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QUARTIER DE L'EIXAMPLE - J'aime cet endroit installé là dans un petit passage protégé de l'Eixample à deux pas des Ramblas. C'est un endroit qui existe depuis toujours. Le Barman fait d'excellents cocktails et son épouse cuisine merveilleusement bien. J'aime profiter de leur petite terrasse tranquille, un endroit idéal au printemps quand les arbres sont en fleurs.